La France est dans de sales draps. Elle a confié sa gestion pour cinq ans au ticket perdant Hollande-Ayrault, les Dupont et Dupond du changement qui ne vient pas. Les deux hommes s’entendent car ils ont le même caractère. Ils sont compatibles, mais pas complémentaires. Pour compenser l’indécision du Président, il aurait fallu un 1er Ministre courageux et volontaire. Mais Jean-Marc Ayrault se laisse aussi vivre et dribbler par ses ministres, pour qui c’est tous les jours la récré. Le duo a déjà raté son début de mandat, et concocte des cocktails fiscaux sans avoir de recettes. Il dépense mais ne gagne jamais.
Le sens de la pédagogie du chef du gouvernement avec les Français est significatif de son incapacité à assumer la fonction. Incarnant la raideur plus que la rigueur, il prône la concertation à défaut de direction et fait de l’attaque du bilan de Nicolas Sarkozy son projet après que François Hollande en ait fait son programme. Effacé et transparent, il a la dent molle et peine à fendiller l’armure. On aimerait pouvoir l’attaquer en disant qu’il est mirobolant, mais, même là, on ne peut pas.
Le gouvernement ment et ne convainc pas. L’agenda du changement est sans rendez-vous. Ils ne pensent rien, ne savent rien, ne peuvent rien, ne veulent rien. Puisqu’on ne peut pas changer le Président ni de Président, il faudra se résoudre à changer de 1er Ministre. Or pour choisir un deuxième 1er Ministre, il faudrait avoir le choix.
Martine Aubry s’y voit déjà. Elle s’est mise volontairement en retrait pour ne pas monter dès le début sur le Titanic. Elle n’a cependant pas l’intention de faire maire de Lille toute sa vie. Elle montera sur le radeau de la méduse à mi-mandat lorsque le bateau aura quasiment coulé. Qu’importe qu’elle se trompe quand elle croit pouvoir sauver le navire socialiste en perdition. Ses différends avec François Hollande sont connus. On dit souvent qu’on pardonne mais qu’on n’oublie pas. Elle, oublie mais ne pardonne pas.
Les affaires reprennent pour DSK. Ou plutôt elles s’arrêtent, sur le plan judiciaire du moins. Car l’ancien directeur général du FMI recommence à faire parler de lui dans la rubrique politique et tient des conférences sophistiquées sur l’économie et la finance. Il se rachète une conduite et n’a pas totalement renoncé à un retour, le mot à la mode. Mais ce serait le scénario le plus baroque tant il serait polémique. François Hollande ayant promis qu’aucun ministre ne serait emmêlé dans des démêlés avec la justice, il s’est au moins épargné cette déconvenue.
Le deuxième 1er Ministre peut venir de l’extérieur comme de l’intérieur. Manuel Valls a bien pris place, place Beauvau. Comme un célèbre prédécesseur, il anime les médias avec ses visites de terrain où il distille des sentences vachement burnées à défaut de bons résultats contre l’insécurité. Il se positionne déjà comme un pré-présidentiable, si cette catégorie avait au moins de l’intérêt.
François Hollande n’a pas encore demandé sa démission à Jean-Marc Ayrault, mais il est déjà dans la situation de ses prédécesseurs en fin de fin de règne. Il n’a même plus le choix pour désigner son chef de gouvernement et devrait se laisser forcer la main, comme François Mitterrand avec Michel Rocard et Pierre Bérégovoy. Nicolas Sarkozy avait aussi cédé face à François Fillon pour Matignon et Jean-François Copé pour l’UMP. Le signe qu’exposé ou à l’abri, le Président n’est pas tant la clé de voute des institutions qu’on veut bien le dire.
Opposition Républicaine
