Les OGM : danger ou progrès ?

Les OGM : danger ou progrès ?

Que n’a-t-on pas dit et entendu sur les Organismes Génétiquement Modifiés ?

Il est clair que le sujet n’est pas neutre parce qu’il touche à la santé humaine. A chaque évocation dans l’actualité, fut-elle disproportionnée, les esprits s’échauffent.

La dernière en date a été déclenchée par la médiatisation bien orchestrée de l’étude menée par le chercheur français Gilles-Eric Séralini. Les médias ont montré sans mesure les images de ces rats de laboratoire victimes des méchants OGM, avec des tumeurs ne laissant aucun doute sur leur avenir immédiat.

A ceci, l’opinion publique, émue et inquiète, met au pilori les OGM. Encore une fois l’émotion l’a emportée sur la raison.

Si on y ajoute les réactions épidermiques ou opportunistes des anti-ogm, la conclusion qui s’impose est de réclamer à grands cris un moratoire qui équivaut à interdire les OGM.

Pourtant dès le 4 octobre, l’EFSA, l’Autorité Européenne de Sécurité  des Aliments,  a rejeté les résultats de l’étude et l’on pouvait lire dans la presse [1]ceci :

« L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a rejeté en l’état, jeudi 4 octobre, l’étude du chercheur Gilles-Eric Séralini sur la toxicité d’un maïs OGM de Monsanto, la jugeant « inadéquate » et « insuffisante », et lui a demandé de fournir davantage d’informations.

« L’article est d’une qualité scientifique insuffisante pour être considéré valide pour l’évaluation des risques », ont-ils jugé. Et d’ajouter que « la conception, le système de rapport des données et l’analyse de l’étude, tels que présentés dans le document, sont inadéquats ». « Les nombreuses questions relatives à la conception et à la méthodologie de l’étude telles que décrites dans l’article impliquent qu’aucune conclusion ne peut être tirée au sujet de l’occurrence des tumeurs chez les rats testés », ont-ils conclu. »

Voilà qui est sans ambiguïté mais qui, hélas, est moins « accrocheur» pour être diffusée aussi largement que l’étude elle-même.

Si l’on regarde, même superficiellement, le protocole expérimental de l’étude visée, il y a au moins trois points qui suscitent réflexion :

  1. Il s’agit de rats et non d’humains : cette étude n’est pas transposable à l’homme ;
  2. Les doses ingérées par les rats ont été très importantes : les doses auxquelles nous sommes exposés sont négligeables et sans rapport à ce qui a été infligé aux rats ;
  3. Un seul OGM d’un seul producteur est concerné par l’étude : c’est très insuffisant pour conclure sur le bien fondé ou pas de tous les OGM.

Voilà des raisons pour lesquelles la raison devrait prévaloir concernant les OGM. Un débat est nécessaire, mais le sujet est aujourd’hui bien trop passionné pour que les échanges soient objectifs et constructifs.

Quant à ceux qui en appellent au sacro saint principe de précaution, à part de ralentir les progrès de la science, y a-t-il là un véritable intérêt ?

Pour rappel, le principe de précaution consiste à interdire l’usage d’un produit tant qu’il n’est pas prouvé qu’il n’est pas dangereux. Juste pour illustrer l’étrangeté d’un tel concept, citons seulement les médicaments classés produits dangereux et, exemple encore plus édifiant, l’eau est aussi, dans certaines conditions, un produit dangereux. Pour preuve, dans l’eau on peut s’y noyer !!

Mais revenons au principe des OGM. Par génie génétique on peut modifier le patrimoine génétique d’un organisme, en insérant un gène qui va le rendre capable d’exprimer des propriétés qu’il n’a pas naturellement.

Ainsi nous pouvons donner à un végétal la capacité de résister à des prédateurs et à des maladies ou capable de réduire ses besoins en eau. Les possibilités sont innombrables et les progrès possibles considérables.

Les bénéfices peuvent être de diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires, la réduction de la consommation d’eau. D’où une réduction des impacts de l’agriculture sur l’environnement. De même, on est en mesure de concevoir des OGM supportant des milieux pauvres ou arides et ainsi contribuer à lutter contre la faim dans le monde.

Les progrès possibles grâce à ces techniques sont considérables.

Pour autant, la mise sur le marché des OGM présente des risques qu’il est indispensable de prendre en compte avec, en particulier, la mise en place de règles éthiques strictes.

En effet, une des difficultés soulevées, est liée aux intérêts financiers que représentent les OGM et à l’enjeu majeur à l’échelle planétaire : la tentation de dominer le marché des semences.

Il est certain qu’une firme comme Monsanto, dans un pays ultralibéral qui ne reconnaît pas l’universalité du patrimoine génétique, représente un danger certain. Mais ça n’est pas une raison pour condamner les OGM  au regard des intérêts qu’ils représentent.

Il est indispensable de se protéger contre des monopoles qui rendraient et qui déjà sont en train de rendre les agriculteurs dépendants d’un seul type de semence, mais surtout pas d’interdire les OGM à priori.

Empêcher, par crainte, la recherche française de travailler librement et à grand renfort de moyens sur les OGM, non seulement est dommageable pour notre agriculture, mais plus encore pour l’environnement et pour la formidable source de développement économique qu’ils représentent.

Nous sommes en train de perdre la bataille de la recherche agronomique sur les semences, enjeu majeur dans les années qui viennent.

Les OGM sont un progrès incontournable dans la lutte contre les impacts de l’agriculture sur l’environnement et pour la protection des ressources naturelles. Au même titre qu’ils sont porteurs d’espoir pour les populations exposées à la faim.

Ils sont souvent diabolisés à cause de la cupidité de certains qui voient là une source de profit plutôt que d’espoir.  Les USA, le Brésil et bien d’autres sont à la pointe sur ce sujet et nous sommes en France en train d’accumuler un retard préjudiciable pour le leadership dans ce domaine de la recherche. Nous avons les capacités, les moyens, nous pouvons compter sur l’excellence de notre recherche pour rattraper notre retard à la condition que nous sortions d’une lutte lobby contre lobby et que nous abordions les OGM avec objectivité et lucidité face aux risques qu’ils pourraient représenter.

Il y a plus à perdre en tournant le dos aux OGM que de se donner les moyens de maîtriser les risques associés.

« Ne rien risquer est un risque encore plus grand ! »  (Erica Jong)



[1] extrait du journal « le monde – Planète du 4 oct 2012

A propos de Xavier Darrieutort

Saint-Aubin de Médoc (33)

2 commentaires

  1. Je ne suis pas très pointue sur ce sujet. ;)

    Néanmoins, je sais que les plantes génétiquement modifiées deviennent stériles. :(
    Conséquence immédiate : les agriculteurs ne peuvent plus produire leurs propres semences (souvent de qualité prouvée) et doivent les acheter CHAQUE ANNÉE à ces industriels. Outre le coût, ils deviennent ainsi dépendants des producteurs industriels.

    Qu’adviendra-t-il lorsque toutes les semences naturelles et traditionnelles auront disparu ? :(
    Comment fera-t-on, si, dans quelques décennies, on se rend finalement compte, comme cela a déjà souvent été le cas, qu’il y a des conséquences nocives, voire dramatiques (comme, exemple entre tant d’autres, le cancer) ? :( :(

    Et si les OGM sont stériles, quelle en est la raison ?
    Personnellement, je ne vois que deux possibilités :
    * Soit c’est du fait de la nature, par mesure de protection naturelle (Gaïa, nom ancien de la terre, est vivante et sait se protéger plus qu’on ne croit ; jusqu’à un certain point qu’il vaut mieux, pour notre sauvegarde à tous, ne pas dépasser).
    * Soit c’est du fait des industriels qui veulent rendre ce juteux marché obligatoire et monopolistique. Ce qui me semble encore pire !…

    Je ne suis pas favorable à trop de principe de précaution.
    Je ne suis pas opposée à des recherches, mais tout dépend des conditions.

    Et, depuis que des savants fous ont fait manger de la viande à des herbivores (comme les vaches, par exemple :( ), j’avoue être de plus en plus méfiante et très circonspecte ! ;)

  2. Oui les OGM sont une voie possible de l’amélioration des végétaux, un potentiel fabuleux bien mal utilisé.
    Pourquoi donc mal utilisé ?
    Tout simplement parce que les OGM cultivés dans les champs ne sont que des plantes résistante à un désherbant (80%) ou produisant un insecticide (40%)…ça fait 120% car les critères se cumulent.

    Au delà des histoires de toxicité et d’évaluation, sur 3 mois pour Monsanto qui pousse pour ne pas chercher plus loin en cachant les résultats des ses études, et 2 ans pour Séralini qui fait beaucoupo de bruit pour éviter qu’on le musèle trop vite on peut se poser la question de l’utilité des OGM dans l’immédiat.

    Car enfin l’espoir de nourrir les population des pays pauvres est bien loin, le maïs et le soja OGM sert surtout à nourrir nos cochons, nos poulets, et tous ceux des pays industrialisés. Ceci avec un intéret agronomique limité, simplement une technique un peu plus facile de désherbage à court terme, avant l’apparition des nombreuses résistances que subissent les farmers américains.

    Pas de rendement supplémentaire, pas de plantes adaptées aux conditions des pays de misère, des utilisations de désherbant décuplées…mais un travail des paysans un peu plus facile. Plus facile ne signifiant pas plus rentable.

    Des fois faudrait se demander progrès pour qui, au profit de qui, et quels effets pervers à la clé. Les USA ont multiplié par 20 leur utilisation de Round’up en 10 ans, en France ou les OGM résistants au Round’up sont (encore) interdits à la culture, le Round’up est déjà le premier pesticide retrouvé dans l’eau des rivières (car on trouve des pesticides dans la plupart de nos rivières).
    Bizarre pour un désherbant qui disparaissait au contact du sol dans la publicité, et pour laquelle Monsanto a été condamné pour publicité mensongère.

    Qui doit on croire, quelles motivations guident les protagonistes ????

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