Peillon, navigateur perdu d’un voilier sans voile

Peillon, navigateur perdu d’un voilier sans voile

Il est consternant de voir à quel point le nouveau gouvernement navigue à vue. Partant du constat que « Tout ce que Sarkozy a fait est foncièrement mauvais », la politique de Messieurs Hollande, Ayrault et consorts ne vise qu’à défaire une à une toutes les réformes, lois qui auraient pu permettre à la France d’avancer, voire d’arrêter de prendre du retard dans un monde sans frontières où de nombreux pays sont prêts à prendre notre place de privilégié.

Mr Peillon, député européen, membre éminent du Parti Socialiste, agrégé de philosophie devenu récemment ministre de l’instruction nationale (pardon, éducation nationale) à la faveur de l’élection de François Hollande et de la nomination de Jean-Marc Ayrault comme premier ministre, est le troisième ministre du gouvernement Ayrault 1, juste derrière Laurent Fabius. A peine nommé, allant à l’encontre des règles (présidence normal, discussion, consensus, synthèse, etc..) qu’avait énoncées (pour ne pas dire ânonnées) son chef pendant la campagne présidentielle, Mr Peillon a annoncé derechef qu’il en était fini de la semaine de 4 jours dans le primaire. A-t-il raison, a-t-il tort ? Jean-Marc Ayrault a immédiatement annoncé qu’une discussion aurait lieu à ce sujet, mais qu’aucune décision n’était prise.

Fort de cette première rebuffade, Mr Peillon n’a pas pour autant renoncé. Ayant sans doute peur que la presse ne l’oublie, il vient maintenant d’entrer en guerre contre la Loi n° 2011-893 du 28 juillet 2011 qui représentait une avancée formidable, un progrès pour la professionnalisation et l’apprentissage, mais surtout la lutte contre le chômage. Cette loi plus communément connue comme la loi Cherpion vise au développement de l’alternance, à la sécurisation des parcours professionnels et au partage de la valeur ajoutée.

Brièvement, et reprenant Wikipedia (1), cette loi vise à :

  • favoriser les contrats en alternance (contrat de professionnalisation et d’apprentissage),
  • encadrer les stages en entreprise
  • créer le contrat de sécurisation professionnelle (CSP),
  • fixer une durée minimale pour la période de professionnalisation,
  • ajuster la préparation opérationnelle à l’emploi (POE),
  • développer les groupements d’employeurs.

L’objectif principal de la loi est de faire entrer 800.000 jeunes (contre 550.000 en 2011) en apprentissage ou en contrat de professionnalisation à horizon 2015, avec un objectif de 1.000.000 à terme. Cette loi s’inscrit dans le prolongement des aides à l’emploi en alternance et de l’accord national interprofessionnel du 7 juin 2011 sur l’accompagnement des jeunes demandeurs d’emploi dans leur accès à l’emploi. L’une des propositions clés de la loi prévoit notamment d’élever à 5% (à terme) le quota d’alternants dans les entreprises de plus de 250 salariés sous peine d’un doublement des sanctions.

La mesure la plus symbolique et la plus controversée de la loi est l’abaissement de l’âge requis pour entrer en apprentissage dès 15 ans révolus à « au moins 15 ans au cours de l’année civile » (à condition d’avoir fini le collège). Traduction, un jeune de 14 ans et demi ayant terminé sa 3e peut entrer en apprentissage. Sacrilège, les boucliers se lèvent immédiatement. On vient de toucher à la fin de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans. Le Céreq et nombre d’organisations syndicales dont on connait la représentativité et l’objectivité vont contester cette partie de la loi.

Quelle est la réalité ? D’une part, les organisations syndicales ont été consultées à maintes reprises pendant le processus de création de la loi que ce soit en phase de préparation, puis pendant la d’écriture de la loi, puis du rapport. Cent vingt auditions ont été réalisées. Et les organisations critiques de la loi sont celles qui à l’époque n’ont pas voulu rencontrer le député.

D’autre part, Mr Gérard Cherpion, discret député UMP de la 2nde circonscription des Vosges, travailleur, respectueux des organisations professionnelles et des grands corps de l’état, respecté par ses mêmes organisations, est un expert reconnu de la formation professionnelle et ne se serait pas engagé dans une voie qui risquait de voir sa loi non appliquée. Si « l’homme qui n’a rien fait de bien pendant 5 ans » (notre cher Président) a repris la loi à son compte à de nombreuses reprises, rappelons qu’elle a été déposée et défendue par des hommes de terrain et de conviction. La réalité est que de toute les manières un garde-fou a été établi lors de la création de la loi. Comme il est rappelé plus haut, très peu d’enfants ayant 14 ans auront fini le collège et pourront donc prendre part à cette disposition de la loi. A priori, si ils ont 14,5 et qu’ils ont fini le collège, ils n’ont pas le statut qu’on veut bien leur donner, d’élèves en échec. Mais surtout, ils entrent en apprentissage sous statut scolaire (et non avec un contrat de travail) et le resteront jusqu’au moment ou ils auront 16 ans.

Arrêtons nous également un autre instant sur l’objet de la controverse. Les premières questions que l’on peut se poser est qu’empêche-t-elle ? Qui prive-t-elle ? A qui profite le crime ? Rien, ni personne. Au contraire, elle donne une liberté de plus à nos enfants. Et si ces enfants réussissaient, trouvaient un travail, une passion qui leur évite de végéter dans un collège unique puis lycée où l’on oserait prôner une compétition nécessaire à nos enfants.

Cette loi devra cependant être supprimée car notre cher président en aura trop parlé. Ah oui, Xavier Bertrand aussi … Et surtout Monsieur Peillon en a décidé ainsi, sans véritable concertation, mais surtout sans réfléchir vraiment. Inquiétant …

Mr Peillon a également décidé de ne pas s’arrêter seulement à la loi. A cet effet, il se rendra jeudi 14 juin dans la 2ème circonscription pour « supporter » Jack Lang, ex-ministre de l’éducation de François Mitterrand et donc pour faire battre Mr Gérard Cherpion, le député actuel.  A la suite de Manuel Valls (le 13 juin à Saint-Dié également en soutien à Jack Lang) qui rappelons-le a dit « Lang, jamais ! ».

Mr Peillon viendra soutenir celui qui vient de prendre une place éminente dans la liste noire des personnalités politiques à faire battre au second tour par Marine Le Pen. Ces visites ne sont pas sans rappeler la visite récente des deux caciques du PS/EELV à la cause perdue rochelaise (NDLR : Aubry et Duflot à la Rochelle soutenant Royal). Des dinosaures d’un parti socialiste dont la France, prise d’un dernier sursaut, a décidé de se débarrasser. Il ne manque plus qu’à souhaiter à Monsieur Cherpion que Mme Trierweiller (@valtrier) lui envoie un tweet de soutien (Courage @GerardCherpion qui n’a pas démérité, qui se bat aux côté des Vosgiens depuis tant d’années dans un engagement désintéressé) pour que celui-ci l’emporte le dimanche 17 juin.

Gérard Cherpion sera soutenu le jeudi 14 juin par Valérie Pécresse qui aura été sans doute la meilleure ministre de l’enseignement supérieure et de la recherche que la France ait connue, mettant en place une réforme de l’enseignement supérieur et notamment l’autonomie des universités. Espérons que les vosgiens ne suivront pas les recommandations de Docteur Vincent (2) qui n’aurait pas réellement pu soutenir Ségolène Royal (3) et qui ne sera pas le ministre de l’éducation nationale dont la France a malheureusement tant besoin.

(2)  : Docteur Vincent ou Monsieur Peillon a dit un jour Pierre Moscovici

(3)  Vincent Peillon avait eu des mots assez vifs contre Ségolène Royal, venue sans être conviée à une réunion de rapprochement avec le Modem et le PCF, que le député européen avait organisée à Dijon

A propos de Marc

Un commentaire

  1. Excellent ! j’adore !

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