Chaque semaine du mois d’août, nous vous présenterons un des quatre volets du projet de Bruno Le Maire pour l’UMP
2. La politique change.
Les militants veulent être davantage écoutés et pris en considération : ils ne veulent plus être simplement des boîtes aux lettres qui prennent les ordres de Paris et les exécutent, ils veulent participer à la décision. Ils veulent que leur évaluation des situations politiques locales, des rapports de force, de la capacité de tel ou tel candidat à porter un projet soit entendue. Ils veulent pouvoir disposer de moyens financiers autonomes, et que leurs dépenses de campagne soient remboursées. Ils veulent pouvoir progresser dans la hiérarchie de notre parti et occuper des postes de responsabilités pour devenir un jour élus.
En bref, ils veulent participer pleinement à la vie politique de notre mouvement et ils ont raison. Que serions-nous sans eux ? Qui collerait les affiches ? Qui distribuerait les tracts ? Qui se ferait le relais sur le terrain de nos décisions ou de nos propositions ?
Les électeurs aussi ont des attentes plus précises. Ils ne prennent plus les slogans pour argent comptant, ils veulent des projets clairs, des engagements sans faille, une vision de l’avenir de la France. Ils sont intéressés tout autant par les questions locales, les problèmes quotidiens, que par les grands débats de société ou les choix internationaux. Ils ont une conscience politique aiguë. Ils sont autonomes, ils ont leur propre jugement.
Les électeurs veulent des élus exemplaires, qui rendent des comptes sur leur action et qui sont soumis à des contrôles sur leurs dépenses. Nous devons tenir compte de cette exigence nouvelle des électeurs. Nous devons ouvrir des espaces de discussion sur internet et organiser des rencontres politiques plus fréquentes sur le terrain pour répondre à ces attentes. Nous devons défendre une vraie transparence sur les indemnités des parlementaires.
Enfin le rapport aux élus et aux responsables politiques de manière générale a évolué en profondeur : ils ne sont plus seulement les dépositaires de la souveraineté, ils sont des citoyens parmi les autres, qui sont jugés à leurs actes et à leurs résultats. Fini, le temps où la parole des élus avait une crédibilité du seul fait de leur élection : la suspicion est désormais de mise et chaque parole est soumise à la critique. Fini, le temps où le seul ancrage local pouvait garantir une élection pour des décennies : les électeurs veulent des preuves de notre efficacité concrète comme élus.
Fini, le temps où la reconduction automatique des sortants garantissait le succès électoral : la force d’un parti se mesure désormais au contraire à sa capacité à faire émerger de nouvelles générations et à faire grandir de nouveaux espoirs. Fini, le temps où le cumul de plusieurs mandats exécutifs importants avec un mandat de parlementaire était compris comme une nécessité et même comme un atout local : nos concitoyens veulent des élus engagés à plein temps dans leur mission.
Ce changement, notre famille politique doit le comprendre, le promouvoir et en faire une force.
Premier impératif : renforcer le rôle des militants UMP, soutenir les oppositions locales, rompre avec le cumul des mandats.
Pour cela, je propose que toutes les investitures soient soumises au vote des militants par ville, par canton ou par circonscription. Je propose que ce vote ne soit pas seulement consultatif mais obligatoire pour un troisième mandat et un parachutage. Je propose également que les oppositions municipales disposent de moyens financiers autonomes pour animer des débats, créer des événements, participer à la vie publique de la ville.
Ces oppositions devront disposer de formations appropriées : une école de formation interne au parti pourrait être mise en place. Nous devons faire de la mobilisation et de la formation des oppositions locales une priorité absolue : car notre capacité à faire basculer des villes en 2014 en dépend. 2014 est notre objectif majeur. 2014 doit marquer un tournant en notre faveur dans le quinquennat.
Renforcer le rôle des militants, c’est aussi écouter leur avis sur les sujets de fond. On a parfois un peu trop tendance à considérer que les militant sont bons à coller les affiches et à distribuer les tracts, sans tenir compte de leur opinion sur les grands débats économiques ou de société : nous ne pouvons pas continuer comme cela. Je prends volontairement un sujet qui fait débat entre nous : le mariage homosexuel. Nous savons que nous aurons à prendre position sur ce sujet, puisque la majorité socialiste entend faire adopter un projet de loi sur le mariage homosexuel et l’adoption par des parents de même sexe dans les prochains mois.
Que faisons-nous ? Nous définissons de Paris une position pour tous les élus et adhérents ? Ou bien nous organisons une consultation de tous les militants à l’échelle nationale ?
Je trouve que ce sujet, qui engage une vision de notre société, du couple et de la famille, mérite non seulement un vrai débat, mais une consultation de tous les militants.
De manière plus générale, je propose de mettre en place un référendum d’initiative militante : il permettrait aux militants de réclamer une prise de position claire sur des sujets majeurs. Les principaux responsables de l’UMP s’accordent désormais à réclamer la sortie définitive des 35 heures : mais les militants le demandent depuis des années ! Un référendum d’initiative militante aurait pu donner une impulsion démocratique en ce sens.
Nous ne ferons pas le renouvellement ni la parité sans nous attaquer à la question du cumul des mandats.
Le sujet est sensible : ce n’est pas une raison pour le glisser sous le tapis. Au contraire, que chacun se prononce et que nous débattions ! Pour ma part, je propose que nous interdisions le cumul du mandat de parlementaire avec les fonctions de maire de grande ville ou de président d’un exécutif local important.
A nous de définir ensuite ensemble les seuils, de regarder la réalité des situations locales. Dans le même temps, je propose de réduire de 577 à 450 le nombre de députés et de leur donner réellement les moyens d’exercer leur pouvoir législatif et de contrôle.
Chaque parlementaire européen dispose de 20 000 euros par mois pour financer des collaborateurs de haut niveau : plus du double de ce que peut financer un parlementaire national. Est-ce comme cela que nous garantirons la qualité du travail législatif national ?
Enfin, pour favoriser le renouvellement, nous pourrions limiter à 3 le nombre de mandats nationaux successifs.
Deuxième impératif : nous ouvrir à la culture du débat, valoriser les idées nouvelles, faire une place aux sympathisants.
Les élections de novembre à la présidence de l’UMP doivent nous permettre de défendre la culture et la pratique du débat dans notre famille. Un débat respectueux, un débat ouvert, mais un débat.
Ne passons pas à côté de cette chance de définir notre projet et de réfléchir à notre organisation pour 2014 ! Ce sont les idées nouvelles qui manquent le plus en politique.
Ce sont les idées fortes et claires qui font le plus souvent défaut. Notre projet ne doit pas se résumer à une synthèse de différentes sensibilités, il doit trancher, faire des choix. Comment avancer dans cette direction si nous ne débattons pas ensemble au préalable ?
Nous sommes un parti de militants et les militants sont notre force. Mais nous devons aussi donner les moyens aux sympathisants de prendre la parole au sein de notre parti.
Nous devons nous transformer en parti de masse. Je propose que des rencontres régulières soient organisées avec tous ceux qui sont intéressés par nos idées sans être prêts encore à prendre leur carte de militant.
Je propose que le forum des sympathisants soit créé sur internet. Je propose que les différents cercles de réflexion soient associés à ce travail, comme nous avions su le faire pendant la préparation de la campagne présidentielle.
Le prochain Président de l’UMP sera le garant de la culture du débat. Pour cela, il doit bénéficier de la confiance de tous les adhérents. Je propose de réunir le Congrès une fois par an et de soumettre le prochain Président à un vote de confiance annuel des militants, pour renforcer sa légitimité et lui donner les moyens de son action.
Troisième impératif : garantir la liberté des sensibilités, clarifier notre positionnement politique, construire notre UMP en une coalition inspirée de la CDU – CSU.
La diversité des sensibilités fait notre force. Faut-il pour autant les organiser en courants ? Je crains que ce choix ne provoque une dispersion de nos idées et brouille notre message politique : autant de courants, autant de prises de position, autant de friture sur la ligne UMP. Il risque également de nourrir les rivalités de personnes à un moment où nous avons plus que jamais besoin de rassemblement.
Compter les courants, se compter dans un mouvement, ce sont autant de risques de division. La liberté de parole des sensibilités peut à mon sens se construire autrement.
En revanche, nous devons tenir compte de la réalité politique sur le terrain et de la diversité des situations régionales. De ce point de vue, nos défaites dans les villes et dans le grand ouest doivent nous interroger.
Faut-il laisser un parti centriste indépendant de l’UMP reprendre ces territoires ? Ou ne vaut-il pas mieux donner une autonomie réelle aux centristes dans notre parti ?
Je plaide pour cette deuxième solution : une coalition qui donnerait une autonomie réelle aux centriste à l’intérieur de l’UMP me semble la mieux à même de préserver l’unité de notre parti et de nous mettre en ordre de bataille pour les échéances électorales futures.
Entre un parti balkanisé en courants et un parti monolithique, une voie existe pour une coalition de la droite républicaine et du centre : une UMP qui ne renierait pas ses racines, mais qui au contraire saurait les faire grandir en tenant compte de la réalité politique du terrain et de la diversité de la France.
Voici mes idées pour le renouvellement politique de notre famille. Elles doivent nous permettre de nous construire en parti d’opposition moderne et crédible, porteur d’idées nouvelles et d’une ambition nouvelle pour la France et l’Europe.
Retrouvez le premier volet du projet de Bruno Le Maire ici (Bruno Le Maire et l’Europe).
Source : www.brunolemaire.fr
Photo : Le Figaro
Opposition Républicaine
