Réforme du livret A : inquiétude des banques

Réforme du livret A : inquiétude des banques

 

Réserves et critiques des dirigeants des banques françaises et des compagnies d’assurance face à la réforme du livret A

Des propositions les plus populaires de François Hollande, le doublement du plafond du livret A, représente, selon les dirigeants des banques françaises, de gros risques, tant pour l’Etat, que pour les banques et les assureurs.

« Il s’agit d’éviter de créer des situations de tensions dans le secteur de la banque ou de l’assurance »

En effet, les épargnants ayant atteint le plafond de leur livret A ont pour la plupart misé le reste de leur épargne sur de l’assurance-vie ou des produits d’épargne bancaire dits de bilan (principalement livrets d’épargne fiscalisés et comptes à terme). Cette mesure risque donc de provoquer des transferts massifs vers la Caisse des dépôts (CDC), où sont stockés les encours du Livret A.

Selon Christian Noyer, Gouverneur de la Banque de France et président de l’Autorité de Contrôle Prudentiel (ACP, régulateur des banques et des assureurs), ce qui est traditionnellement la recommandation de l’ACP, c’est que les évolutions soient conduites de telle sorte qu’elles laissent le temps aux établissements de s’adapter […] Il s’agit ainsi d’éviter de créer des situations de tension, que ce soit dans le secteur de la banque ou de l’assurance, avant tout, in fine, pour le bon financement de l’économie française. »

Après les dernières crises financières que nous venons de subir, voici donc une mesure qui viendrait affaiblir les banques et sociétés d’assurance. Et l’on peut déjà entendre, en cas de faillite d’un établissement, les cris au scandale qu’une aide de l’État engendrerait, État qui serait pourtant dans la situation présente responsable et coupable, tout au moins en partie, de cette faillite.

« La CDC a largement de quoi financer le logement social »

 François Pérol, patron du groupe bancaire français BPCE, pense lui que le doublement du plafond du livret A ne serait pas très utile mais serait en plus une mesure coûteuse pour l’État.

« C’est une mesure qui sera coûteuse pour les finances publiques puisque cela ne va pas générer d’épargne supplémentaire, cela va simplement faire que les Français vont transférer de l’épargne qui, aujourd’hui, est fiscalisée sur un produit qui ne l’est pas, le Livret A. [...] Ceux qui sont au plafond […] qui ont 15.000 euros d’épargne ailleurs, ils vont la prendre et la mettre sur leur Livret A ».

Les fonds du livret A, stockés à la Caisse des Dépôts, représentaient fin mars un encours de 224 milliards d’Euros. Selon François Pérol, « il y a donc 30 milliards qui sont parfaitement disponibles aujourd’hui à la Caisse des dépôts pour cela, donc je ne sais pas si c’est très utile » .

L’utilité, en effet, est difficile à comprendre. Si elle est inexistante pour la CDC, alors pour les français ? Oui, « mais » il y a un « mais ». Pour parvenir au plafond du livret A, il faut pouvoir épargner. Pour pouvoir épargner, il faut du pouvoir d’achat. Le pouvoir d’achat, expression forte d’un regretté Président que l’on a cessé de décrier…

« Je ne sais pas exactement ce que l’on poursuit. Hollande dit qu’il va financer le logement social. C’est très bien. Le problème du logement social, ça n’est pas le financement », a souligné le patron de BPCE. « Le problème du logement social, c’est l’offre, c’est la disponibilité de terrains, c’est la capacité de construire. »

Et Christian Noyer de confirmer : « Il faut que le financement suive ce qui est effectivement le besoin de financement du secteur du logement social […] Aujourd’hui, nous avons, me semble-t-il, un rythme de financement du logement social qui est contraint par l’offre plus que par les financements, […] Si les pouvoirs publics décident et réussissent à développer l’offre comme ils le souhaitent, il faudra que le financement soit adapté et suive »

Lorsque des dirigeants de qualité expriment les mêmes idées, on se rappellera des railleries de l’ex-opposition lorsque étaient annoncés 30% de constructibilité en plus…

Une mesure qui donc mettrait à mal banques et compagnies d’assurance, engendrerait une perte de revenus fiscaux à l’Etat, augmenterait un capital qui n’a pas besoin de l’être, et n’apporterait aucune solution à la réelle problématique du logement social, pourtant simple à comprendre, qu’est la loi de l’offre et la demande.

Contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, le bon cœur et la volonté d’offrir un logement décent à son prochain ne sont la propriété d’aucun courant politique. En revanche, choisir le bon chemin pour y parvenir est de la responsabilité des dirigeants en place.

 

A propos de Eddy DENIS

2 commentaires

  1. Très bonne analyse à laquelle je rajouterai le commentaire suivant.
    C’est en fait une mesure au bénéfice des plus riches … oui, oui, aussi étonnant que cela puisse paraitre de la part de quelqu’un qui dit ne pas aimer les riches… mais gageons qu’il ne l’a pas fait exprès !
    Les très riches apprécient certainement la très grande liquidité du livret A beaucoup plus pratique que la bourse ou l’assurance vie pour financer la semaine de vacances à l’Ile Maurice ou ailleurs… et avec le plafond à 15 k€ ça devenait vraiment juste d’autant que les très riches sont de plus en plus riche…
    En ce qui concerne la politique du logement il y a beaucoup à dire; ce sujet important sera l’objet d’un prochain article.

  2. D’un évidente limpidité. Sauf pour nos nouveaux et novices dirigeants ! :(

    En résumé : ils ont tout faux !… L’analyse, le raisonnement, les arguments, les décisions… et les commentaires.
    S’ils ont quelques neurones, cela va être vraiment dur (voire impossible) de les éduquer !

Revenir en haut de la page