Tout le monde a en tête ces spots télé qui se veulent impactants où des conducteurs se crashent après avoir grillé un feu rouge, où des jeunes filles sont handicapées à vie pour avoir pris le volant après une nuit d’ivresse et où des familles sont en deuil après avoir appris la mort de leur fils au téléphone. Âmes sensibles s’abstenir, mais les plus émus sont les auteurs de ces campagnes. Le slogan est « Sécurité routière : changeons ! ». Nous n’avons pas changé.
Depuis 2002, la droite a renforcé et étendu l’arsenal répressif, telle une arme de dissuasion massive. Les amendes ont augmenté, les points du permis ont fondu et les contrôles routiers se sont multipliés. L’emblème du dispositif reste les trop fameux radars, connus et désormais reconnus par tous les conducteurs et leurs appels de phare. Ils sont placés au bon endroit pour flasher l’automobiliste. Remplir les caisses de l’Etat ou lutter contre la mortalité routière, il faut choisir.
Un jeu du gendarme et du voleur
Les dispositifs sont suspects car ils ne vont pas jusqu’au bout de leur logique. Le permis à points doit limiter le nombre d’infractions. Or les contrevenants font des stages pour récupérer ceux qu’ils perdent. La consommation d’alcool est dangereuse pour la conduite mais on autorise un seuil de 0,5 g/L de sang. Les radars fixes sont censés punir les fous du volant mais des radars pédagogiques en annoncent l’emplacement.
Car les français sont des grands enfants et la sécurité routière est un terrain de jeu pour leurs gamineries. Malgré les 4000 morts annuels laissés sur le bord des routes – plus que le Sida – et les leçons apprises du code de la route, ils foncent droit dans le mur en perdant de vue la raison première qui a mené à l’édiction de tant de règles. La mode des détecteurs de radars qui sévit en toute illégalité illustre ce jeu du gendarme et du voleur qui abolit la peur du gendarme.
C’est pourquoi les résultats sont décevants et ne s’améliorent qu’avec la crise, la hausse du prix du pétrole ou le mauvais temps. La politique de lutte contre l’alcool au volant est à ce sujet édifiante. Les ministres se sont amusés avec l’idée du capitaine de soirée pour faire passer le message que celui qui conduit est celui qui ne boit pas. Les préfets ont fermé les débits de boisson en soirée mais la vente d’alcool en journée ne s’est jamais portée aussi bien. Les lobbys ont réussi à vendre leurs éthylotests aux décideurs. Et l’alcool coule toujours à flots.
Dénoncer les coupables au lieu de se dire tous responsables
Or les accidents ne sont pas dus qu’à l’alcool et à la vitesse, les deux grandes cibles des gouvernements qui ne trouvent que ce qu’ils cherchent. Des raisons plus prosaïques et plus difficiles à dénoncer comme l’assoupissement au volant et l’état des routes sont responsables. « Tous responsables », encore un slogan niais donneur de leçon qui ne désigne pas clairement de coupables. Les campagnes publicitaires de la sécurité routière devraient moins chercher à choquer qu’à montrer le mauvais exemple en action pour que personne ne le suive.
Il est temps de changer la manière d’aborder le problème public de la sécurité routière. La droite l’a attaqué sous l’angle de la pure répression avec des mesures plus clinquantes qu’efficaces. Le pire, c’est que la gauche devrait l’imiter pour montrer qu’elle aussi en a dans le pantalon. Tous ignorent que les contrevenants ne sont pas dissuadés par l’ampleur des peines mais par la probabilité de les subir. Or on ne peut pas mettre des policiers partout. Tous ignorent qu’on ne peut pas faire la leçon à des personnes qui se croient toutes innocentes et qui sous couvert d’accuser l’autre sont toutes irresponsables. Alors il faut en refaire une affaire individuelle et privée. Là au moins, on peut espérer que chacun aura le respect de soi-même.
Opposition Républicaine

Merci beaucoup, ça fait plaisir…
Merci pour cette analyse sous un angle inhabituel.
Et que, il va sans dire, mais encore mieux en le disant, que je partage.