Ce sera Harlem Désir. Le nouveau 1er secrétaire du PS a été désigné avec le doigt, et les militants montrent déjà du doigt ce procédé dictatorial qui consiste à fuir la compétition démocratique pour éviter de tomber dans le conflit. La paix est au PS, mais le parti n’est pas serein et se caporalise pour éviter une guerre des chefs et un retour aux divisions. Vos désirs sont des ordres.
Harlem le désirait depuis si longtemps. N°2 de Martine Aubry depuis 2008, il a pris la direction du parti par intérim en 2011 et s’est déclaré candidat après la victoire à l’élection présidentielle et la décision de sa patronne de ne pas rempiler. Il a toujours voulu faire carrière en politique, quitte à passer par des chemins détournés. Car Harlem Désir, c’est avant tout le leader emblématique de SOS Racisme entre 1984 à 1992. A la grande époque, c’était une vedette médiatique virevoltante et chahuteuse à l’origine du fléau de l’antiracisme en France.
Il incarne une époque qu’on ne regrette pas. Cet animateur de radio martiniquais a baigné dans le syndicalisme étudiant à l’image de son pote, Julien Dray, avec qui il a trempé dans des affaires d’abus de biens sociaux qui ne le poursuivent pas à l’heure de la république irréprochable. L’idiotie des « valeurs de sympathie » qu’il a voulu défendre se suffit à elle-même, bien que Pierre Bergé ait, en son temps, vu en Harlem Désir « un moment de la conscience humaine ». Ils en disent des conneries.
La victoire d’Harlem Désir, c’est avant tout celle de la gauche bête. Celle qui croit aider les classes populaires en faisant l’inverse de la droite alors qu’elle ne cajole que sa clientèle restreinte de classe moyenne. Celle qui fait la leçon aux patrons qui ne savent pas gérer une entreprise avant même d’avoir fait ses preuves dans la gestion d’un pays. Celle qui veut réduire les déficits sans augmenter les impôts ni baisser les dépenses.
La droite moque ce choix par défaut et elle a bien raison. Harlem Désir a dû perdre le charisme de sa jeunesse lorsqu’il est devenu député européen en 1999, car il ne fait rêver personne à Solferino. On voit le raisonnement qui a poussé Martine Aubry à choisir un leader de paille pour ne pas faire d’ombre à son bilan. On imagine aussi que François Hollande ne doit pas être mécontent d’avoir un chef fantoche à la tête du PS. Au moins il ne sera pas embêté.
Il n’est pas trop tard pour les militants de désavouer ce choix imposé, comme les syndiqués vont le faire à la CGT. Mais la synthèse, le mélange et la bouillie l’emporteront. Comme pour rendre hommage à un autre ancien 1er secrétaire, lui aussi désigné du doigt en 1997 par Lionel Jospin, et qui a mis quinze ans avant de gagner le respect de ses camarades socialistes. Car le principal défaut d’Harlem Désir est son manque d’autorité, naturelle et travaillée. Il n’a pas de réseau ni de courant au PS, ce qui est rédhibitoire pour durer, surtout en cas de forte tempête.
Si le choix d’un idiot utile ménage les intérêts de tous, il n’est pas sûr qu’il fasse l’affaire de la gauche qui devra reprendre la bataille face à une droite revancharde. Le PS se retrouve en 2012 dans la situation où était l’UMP en 2007. Le parti unique avait désigné un triumvirat acéphale pour remplacer Nicolas Sarkozy. Le nouveau parti majoritaire n’a eu le choix qu’entre deux seconds couteaux pour succéder à Martine Aubry. Et les militants ne désirent pas Harlem.
Mais ce sont des ordres, et il faut toujours les écouter surtout quand ils viennent d’en haut. Le PS a au moins eu le courage de nommer à sa tête un homme de couleur, à défaut de l’élire. C’est le choix du compromis et du changement dans la continuité après un faux suspense laborieusement entretenu. Harlem Désir a promis « un PS engagé, utile et innovant ». On craint toujours ce genre de termes quand ils sortent de la bouche d’un socialiste, tant ils se télescopent.
Opposition Républicaine

Franchement d’accord aussi. Harlem Désir est un homme de paille, mais ça pourrait jouer des tours au PS.
Que tout cela est juste et bien écrit.
Bravo et merci.